Introduction

Le web

J’ai pendant longtemps associé le web à un lieu étrange et désorganisé, rempli de sites dysfonctionnels à l’esthétique datée. Savoir comment était réalisé un site ou bien ce qu’est le web ne m’avait jamais traversé l’esprit. Internet et le web me semblaient être des termes interchangeables, une sorte de bazar gigantesque et hétéroclite où seule une « élite » pouvait intervenir. C’est en découvrant la pratique du web design, et par extension celle du code, lors de ma deuxième année d’études en design graphique que ma vision a commencé à évoluer. En trois ans ma compréhension du web a bien changé et j’ai vite compris que cette première impression était totalement fausse. Le web s’avère être un lieu ouvert et collaboratif où tout le monde peut intervenir, regorgeant de sites aux esthétiques et fonctions diverses et variées. Il connaît une évolution rapide et constante favorisée par un large réseau de développement, de nouvelles technologies et utilisations sont en effet fréquemment ajoutées. De plus, de par son caractère libre, ouvert et interopérable, le web s’avère être un lieu propice à l’expérimentation ainsi qu’à la collaboration.

Le Design graphique

Parallèlement, ma vision du design graphique a également évolué. D’un entrain presque naïf au début de ma deuxième année, elle a mué en une forme d’accablement dès lors que j’ai compris que dans une trop large majorité de cas, le design n’est qu’un vecteur de la société de consommation et participe à une production de masse effrénée et décérébrée. Cependant, le design n’a pas toujours eu cette vocation. En effet, sa création a été fortement influencé par William Morris, fervent défenseur du savoir-faire et de l’aura de l’œuvre. Il est le précurseur de la pratique et de la pensée du design, le concevant comme un « art socialiste » [1]. William Morris cherchait à préserver les savoir-faire, le « fait-main » dans la production d’objets et s’inscrivait dans une critique frontale du développement du capitalisme. Il défendait une approche artisanale de la pratique. C’est avec l’avènement du capitalisme que tant la manière de concevoir que de pratiquer le design a radicalement changé, à tel point que design et production de masse sont désormais indissociables. Les outils et moyens de production se retrouvent alors fermés, rendant difficile voir impossible l’expérimentation. Cependant, bien qu’une grande majorité du design graphique s’insère dans des logiques capitalistes, son histoire est marquée de nombreuses initiatives et mouvements venant critiquer voire lutter contre son asservissement a de telles logiques. Une forme de dualité apparaît alors entre assouvissements aux logiques capitalistes et tentatives de résistance [2].

[1] : William Morris, 1889, L’Art et l’artisanat : Rivage Poche.

[2] : Camille Bosqué, 2021, Open Design : B42.

Web et Design

Une opposition apparaît alors clairement entre d’un côté le web au caractère libre, ouvert, expérimental et interopérable et de l’autre le design graphique soumis à la production de masse et aux outils bridés et fermés, rendant l’expérimentation fastidieuse. Plutôt qu’une opposition, une réunion de ces deux pratiques, au-delà du seul web design, pourrait être envisagée, permettant de transposer les caractéristiques et atouts du web dans le champ du design graphique. Dans cette hypothèse, quels seraient donc les bénéfices de cette rencontre entre web et design graphique ? Pour répondre à cette question, je vais dans un premier temps m’intéresser au webdesign dans son acception première, la création de sites web. Je vais ensuite aborder l’utilisation du web dans le champ de l’édition à travers les logiques web to print. Pour finir, je vais m’intéresser à des projets hybrides qui jouent avec les spécificités du web à des fins expérimentales, ludiques et sensibles.

Un web fait main →